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Les "bredele"

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publié par gaelle, le mardi 30 mars 2010

"Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés petites madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d’une coquille Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause."

Du côté de chez Swann, Marcel PROUST


Les Bredele sont des biscuits et petits gâteaux, qui sont aujourd’hui confectionnés à l’occasion des fêtes de fin d’année (et pour certaines recettes toute l’année).

Ces spécialités biscuitières, dont la diversité est unique en France, sont indissociables de la gastronomie d’Alsace et résument à elles seules le goût des ses habitants pour les bonnes choses.

En Alsace, mais aussi en Lorraine, les Bredele (petits gâteaux de Noël) sont une vraie tradition, presqu’une légende.

Selon les dires, leur fabrication commence dès le 11 novembre, jour de la saint-Martin qui marque la fin de l’année agricole, le début de l’hiver.

Il en existe plusieurs sortes avec des formes variées qui ont chacune leur symbole. Les Bredele annoncent Noël.

Aujourd’hui le terme Bredele est le plus utilisé et connu, en Alsace comme dans le reste de la France, et désigne les biscuits et petits gâteaux de Noël. Prononcé [brε:delœ] avec le premier e ouvert long et le dernier qui ressemble au e dans le mot « le », cette variantes de la transcription phonétique du mot alsacien semble l’emporter sur d’autres, qui sont très nombreuses mais voisines : Bredala ou Breedala - dans le sud de l’Alsace (Haut-Rhin), Bredle, Breedele, Breedels dans le nord de l’Alsace (Bas-Rhin). L’usage populaire a fait évoluer le sens de ce terme alsacien, désignant au départ les petits biscuits secs en général, le mot Wienartsbredele, Winachtsbredele ou encore Wihnachtsbredele étant spécifiquement réservé aux biscuits de Noël.

L’origine des Bredele, aussi bien géographique que temporelle, est particulièrement difficile à établir. Néanmoins tous les Alsaciens s’accorderont à dire que la tradition des Bredele est très ancienne et que « on dirait que ça a toujours existé ». N’est-ce pas là la marque d’une vraie tradition séculaire vivante ? Les indices les plus anciens sur le passé des Bredele que le temps a bien voulu nous laisser ce sont les moules en bois sculpté, puis en terre cuite, utilisés pour leur fabrication. Les exemplaires les plus anciens datent du XIVe siècle et la majorité du XVIe – XIXe, retrouvé exclusivement ou presque le long du Rhin. Taillés en négatif dans du bois dur (poirier ou merisier) par des bûcherons puis des moines, ces moules servait à la confection de biscuits à base de pâte dure de façon à leur donner une forme avant de les cuire. Les moules étant rares et précieux et les motifs représentés se prêtant aux circonstances diverses, on suppose donc qu’ils ne servaient pas uniquement à l’approche de Noël, mais également pour d’autres grandes occasions.

Le premier Bredele à être mentionné dans des textes écrits au XVIe siècle est le « Anisbrod » (littéralement « pain à l’anis »), l’ancêtre des actuels Springerle (« petits gâteaux qui sautent ») et Anisbredele (« petits gâteaux à l’anis »). Il s’agit très probablement de la même variété de biscuit à pâte dure que celle confectionnée avec les moules en bois.

C’est le XVIIIe siècle qui verra le début de l’ère des Bredele et le siècle suivant le développement le plus grand, grâce notamment à l’apparition en Europe du sucre de canne et la disponibilité plus grande de farine et de beurre. A cela se rajoute l’introduction par le biais des Croisades et des voyages de commerçants des épices, des amandes et des noisettes. Se dégage alors toute une cohorte de petits gâteaux très variés, dont la confection est largement appuyée dès ses débuts (fait souvent oublié) par la confrérie des boulangers alsaciens.

Beaucoup de ces biscuits et petits gâteaux servaient aussi à décorer le sapin de Noël, usage qui s’est poursuivi jusque dans les années 50 du XXe siècle. Ce sapin de Noël et sa légende doivent leurs origines à un bûcheron qui s’attarda dans la forêt du Val de Villé. Les derniers rayons du soleil illuminèrent un petit sapin qui, sous son manteau de neige, se mit à scintiller. De retour à Sélestat, et encore sous le charme de ce qu’il venait de voir, il s’empressa de décorer le petit sapin qu’il venait de couper, afin de lui rendre la même splendeur. Il y accrocha des Bredele en forme d’étoile, de sapin ou de croissant de lune (symbolisant Noël), des Bredele en forme d’anneau ou d’escargot (symbolisant le bonheur ou chassant le mal), des Schankele (beignets de carnaval), etc. Autrefois, lorsque les décorations du sapin étaient des cadeaux en elles-mêmes, les Bredele et les petits pains d’épices étaient souvent les seuls présents que recevaient les enfants en plus de quelques pommes, oranges ou clémentines, noix et noisettes.

Selon certaines considérations, les Bredele seraient de lointains descendants des traditions païennes des peuples non chrétiens qui ont vécu sur les terres alsaciennes, comme les Celtes ou les Romains. Cette hypothèse semble fort probable pour certaines variétés, comme les pains d’épices et les Springerle.

A voir :
- Le musée d’art et tradition de la Petite Pierre (67290), 11 rue des Remparts. Téléphone : 03 88 70 48 65

Une annexe est consacrée aux Sprengerle. Moules et moulages côtoient trois siècles d’histoire et de traditions. Présentation des positifs de moules à gâteaux alsaciens, les "Springerle" : moulages illustrant le merveilleux travail des sculpteurs sur bois qui ont confectionné depuis le 15ème siècle des moules à gâteaux présentant des thèmes religieux ou profanes.

Fermé le lundi et en janvier. Ouvert tlj de 10h à 12h et de 14h à 18H

- Le musée d’arts et traditions populaires de Marmoutier ( 67440), 27 rue du Général Leclerc. Téléphone : 03 88 71 46 84 (mairie) ou 03 88 70 89 18

Une section est consacrée à une collection de moules à gâteaux en terre cuite de la plus ancienne tradition alsacienne.

Fermé du 1er novembre au 30 avril. Ouvert les dimanches et jours fériés de 10h à 12h et de 14 h à 18h. En semaine sur rdv.

- Le musée du pain d’épices et des douceurs d’autrefois Lips à Gertwiller (67140), 110 rue principale. Téléphone : 03 88 08 93 52

Ce musée privé est entièrement consacré à la boulangerie, pâtisserie, pain d’épices et à l’art populaire alsacien. Sur 180m2 dans le grenier de l’ancienne grange dîmière de Gertwiller, sont exposés quelque 7000 pièces relatives au pain, au pain d’épices, à la biscuiterie, à la chocolaterie, à l’art populaire alsacien et à la vie rurale d’autrefois. Fabrication de pains d’épices d’Alsace.

Ouvert les dimanches de 14h à 18h et en semaine sur rdv pour les groupes.

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